Just Like HipHop - Interview
   
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Kero One
Escapade à San Francisco   2006-06-08

Si le très jazzy album "Windmills of the Soul" a fait une entrée discrète et élégante dans le monde chaotique du hip hop, c’est parce qu’il est à l’image de son auteur Kero One. Mc de la veine 90’s et musicien accompli, il a su gérer à la manière d’un chef d’orchestre la totalité de cet LP. Il n’est donc pas étonnant que ce coréen originaire de San Francisco se trouve encouragé par un grand nombre d’artistes talentueux US et qu’il vienne d’achever une tournée couronnée de succès au Japon. L’Europe, elle, peine encore à lui ouvrir ses portes, exception faite, comme à son habitude, de la Grande Bretagne.
Que la France rattrape son retard, en découvrant cet artiste complet et perfectionniste.
Mesdames et Messieurs : Kero One.

Windmills of the Soul : Pourquoi avoir choisi ce titre?

Le titre reflète le voyage personnel que moi et bien d’autres avons fait et le mouvement naturel qui en découle. Cet album s’inspire de ma propre histoire, dans le but de toucher ceux qui sont passés à travers des voyages similaires, que ce soit dans la perte d’une relation, d’amour du hip hop ou de spiritualité.

Cet album est un hommage au hip-hop : au graff dans "The Cycle Repeats" ou aux vinyles dans "Keep it Alive" mais il s’agit également d’un hommage très subtil fait à Dieu. Le hip-hop est-il aussi métaphysique que la religion pour toi ?

Absolument, j’associe souvent le hip-hop et la manière dont Dieu œuvre. Le hip-hop est Amour et peut te faire sentir vraiment bien. Le hip-hop peut aussi te mettre en difficulté mais pour finalement t’apporter des résultats bénéfiques. Par exemple, quand on entend de mauvais artistes contrôler les ondes, cela inspire d’autres artistes à émerger. Personnellement, le fait que le hip-hop me mette face à ce genre de défis fût une bonne chose pour moi, car cela m’a motivé pour écrire mon premier titre : "Check the Blueprints".
Le Hip Hop est aussi un grand moyen de communication. Quand j’étais en tournée au Japon, la plupart des gamins ne savaient pas parler anglais mais ils connaissaient tous les paroles des classiques hip-hop. Aux Etats-Unis, je verrais dans des événements hip-hop des jeunes de toutes origines et toutes nationalités réunis pour apprécier cette culture. Le hip-hop a une étrange manière d’inspirer les différents aspects de la vie, tout comme Dieu.

Comment vis-tu le fait que les gens comparent tes productions à celles de NO id, Large Professor, Premier ou Common ?

C’est un honneur. J’ai grandi en écoutant, admirant et étant inspiré par ces hommes. Les productions de No ID sur l’album "Resurrection" de Common feront à jamais partie de mes préférées, Main Source de Large Professor est encore dans mon lecteur CD à l’heure où nous discutons. J’espère un jour inspirer autant de gens que ces pionniers l’ont fait.

Dans cet album, tu es MC, producteur, deejay, musicien, auteur … Etait-ce une chance d’exprimer tes différents talents ou un besoin d’avoir le total contrôle de ton travail ?

Les 2. J’ai commencé à faire mes propres productions, car je connaissais peu de producteur à cette époque. J’en connaissais quelques uns mais je cherchais un style de son particulier que je ne trouvais pas autour de moi à cette époque.
En ce qui concerne le contrôle de mon travail, c’était plus simple de diriger le processus moi-même. S’il y avait un problème dans la mise en œuvre d’un titre, il n’y avait qu’une personne que je pouvais blâmer, moi-même.

Peux-tu nous parler de Plug Label?

Plug Label est un label que j’ai créé. Je me suis servi de ce nom de manière professionnelle pour mon premier maxi en 2003 "Check The Blueprints". Depuis, on a eu la chance de sortir un cd mixé, un album complet, 6 maxis, des vêtements et d’organiser des événements comme Ugly Duckling, Toyota et Ubiquity Records.

Qu’aimerais-tu accomplir par la suite ? Quelque chose que tu n’aurais pas eu la chance de faire dans ce premier album ?

J’attends avec impatience de travailler sur différents projets. En ce moment, je suis à fond dans le latin-jazz et l’éléctro nu-jazz. Dans le futur, j’aimerais incorporer plus de titres instrumentaux, peut-être de la soul et bien sûr du hip-hop. J’ai travaillé en collaboration avec Platinum Pied Pipers, Quantic et encore pleins d’autres talents inconnus. Plug Label va sortir en 2006 "Kingsturmentales" de Dj King Most qui sera un album instrumental avec de très bons beats jazz et funky.

Tu as mis 4 ans a réaliser “Check the blueprints” (1996-2000). Etait-ce une forme de perfectionnisme aigue ou une perception très personnelle du temps ?

C’est un titre que j’avais commencé à écrire au lycée mais qui n’avait pas vraiment de direction à cette époque. Je voulais simplement écrire n’importe quel texte qui me venait à l’esprit. Quelques années plus tard, c’était un fait établi que le hip-hop commençait à craindre et je voulais écrire sur ce qui pouvait être fait pour changer cela. Cela ne ressemblait plus à une musique qui venait de la passion et de l’âme de quelqu’un. C’était plus un job que les gens faisaient. J’ai réunis ces idées ensemble et "Check The Blueprints" est né. Mais tu as raison, j’ai mis beaucoup de temps à écrire ce morceau, parce que c’était le premier titre que j’écrivais et je voulais être sûr que les paroles pour chacune des lignes avaient leur importance. Je détesterais faire perdre le temps de qui que ce soit avec un tas de conneries.

Après avoir écouté “My Story”, je me demandais comment tu vivais le fait d’être aujourd’hui un artiste, quand à la maison tout n’était que questions d’école et d’examens ?

La plupart des familles coréennes sont très à cheval sur l’éducation, alors j’ai du vivre avec cette attente. Pour moi, je devais par moment sécher les cours car j’étais crevé par les freestyles de la nuit précédente avec mes amis ou je devais rapidement copier sur le devoir de quelqu’un le matin même parce que j’avais été occupé toute la nuit à faire le deejay jusqu’à 3 heures du matin. Quoiqu’il en soit je me suis toujours débrouillé pour tout arranger et aller à l’université. Dieu seul sait comment. Haha.

Kero était initialement ton nom de graff, à l’époque où tu faisais partie de Emblems crew. Tu es par la suite devenue web designer, était-ce pour toi un moyen de continuer légalement cette forme d’art ? T’arrives-t-il encore par moment de graffer ?

Je pense que mon passé de graffeur m’aide surtout quand je travaille avec des designers graphiques pour la couverture de nos albums, nos logos, T-shirts et articles de promotions. Je sais déjà quelles couleurs et quelle vision globale du travail je souhaite avoir car je me vois moi-même les dessiner. Je ne graffe plus mais j’y pense… J’ai encore un paquet de sprays dans mon armoire qui m’attendent depuis un moment. Je devrais faire une fresque, au nom du bon vieux temps…

On peut noter dans ton parcours de belles collaborations: Questlove de The Roots, DJ Jazzy Jeff, Gilles Peterson, DJ Mitsu The Beats, J-Live, Living Legends, Chali2na, Ugly Duckling, et DJ Shortkut. Dans le track, “Fly Fly Away”, la vie semble n’être qu’une étape où le succés, l’amour et l’argent sont, au final, inutiles. Comment vis-tu ton récent succès et le soutien de tous ces artistes en appliquant cette philosophie de vie ?

Je remercie toujours le ciel car je pense que l’humilité est la clé. Tu ne sais jamais ce qui arrivera demain. Certaines de ces choses, comme l’envie d’argent ou l’amour des groupies, j’en fait part dans le morceau "Tempted". Ce n’est pas toujours facile mais je pense qu’une ligne dans le titre "Fly Fly Away" le résume bien … "if your forfeit your soul..then what's been gained ?".

Tu jouis aussi d’un grand succés au Japon. Comment Jazzysport.com t’as contacté ?

En sortant "Check the Blueprints", j’ai trouvé un distributeur pour exporter quelques copies outre-mer. Certaines se sont retrouvées dans un petit magasin de disques au Japon et un deejay qui travaillait pour un label en acheta une alors qu’il préparait sa collection pour son show du soir. Après l’avoir joué en club, il y a eu plusieurs personnes qui souhaitaient savoir de qui était le disque. Peu après j’ai été contacté et j’ai commencé à vendre un bon nombre de ces disques au Japon. Par la suite, Jazzysport a voulu sponsoriser ma tournée japonaise et m’a fait venir là-bas. Ce fut une expérience inoubliable.

"In All The Wrong Places" décrit ta vie de célibataire et toutes les questions qu’y en découlent. As-tu finalement trouvé le bon endroit où trouver l’amour ?

En fait je viens de rencontrer une femme il y a quelques semaines. Jusqu’à présent, les choses se déroulent bien entre nous. Ce qui est intéressant c’est que c'est elle qui a fini par me trouver. Elle me taquine tout le temps en me disant "c’est cool que tu aies écrit une chanson sur moi avant de me rencontrer". Peu-être qu’en fait il suffisait de ne pas la chercher ? Je crois qu’elle va m’en vouloir si elle lit cette interview ! Ca ne sera publié qu’en France , c’est ça ? (rires).

Comment a débuté ta collaboration avec Grand Puba?

Il y avait un type qui travaillait pour un label et qui croyait en moi. Il s’est rendu une fois à un concert des Brand Nubian. Il a glissé un de mes disques à Grand Puba sur scène et lui a laissé mon contact. Puba m’a ensuite contacté et j’ai fait un beat pour lui. C’est tout. C’est incroyable ce qui arrive quand les gens agissent au lieu de d’attendre en réfléchissant si c’est bien ou mal.

Ta première K7 était celle de LL cool J "Radio" et ton premier disque était "Dopeman" de NWA. Quelles ont été tes derniers achats ?

Ma dernière K7 devait surement être Illmatic, car j’ai acheté cette K7 deux fois. Et mon dernier disque est Janeiro Jarrell "3 piece puzzle".

Quelle question rêverais-tu qu’un journaliste te pose?

Je n’ai jamais pensé à cela auparavant… Mais je pense que tu viens juste de le faire. Merci ! One...

Interview et texte par Samira.