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DJ Brasco
Combler le vide
2008-01-11
Avec son premier album "Fill The Gap" précédé de deux maxis vinyles, le producteur français Dj Brasco brise les frontières musicales en invitant sur ses productions quelques uns des meilleurs rappeurs de Californie et de Detroit : Hezekiah, Wildchild, Black Milk, Declaime, Rasco, Georgia Anne Muldrow, Athletic Mic League, Frank N’Dank, Phat Kat. Rencontre avec un jeune français qui s'exporte.
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Peux-tu nous raconter ton premier souvenir en hip-hop ?
Mon premier souvenir en hip hop c’est « Black Sunday » de Cypress Hill et « Ring Ring Ring » de De la soul en copie cassette qu’un pote de mon grand frère m’avait faitd découvrir. Avant j’étais plutôt rock et depuis ce jour-là, le hip-hop m’a plus lâché !
Quand as-tu commencé à toucher au sampler ?
J’ai commencé la production en janvier 2003. Un pote m’a initié à la MPC 2000 le temps d’un après-midi et tout est parti de là ! Mixer me plaisait toujours autant, mais je souhaitais trouver autre chose pour m’amuser encore plus dans la musique et c’est comme ça que je me suis tourné vers la production.
Tu faisais des prods pour des rappeurs ?
En fait, pas vraiment. J’ai commencé par me faire la main tout seul puis quand mes beats sont devenus « exploitables » (car les débuts sont souvent laborieux ! ) nous avons entamé des démarches avec DV corp. afin de contacter des artistes avec qui nous avions toujours voulu travailler et Kohndo en faisait partie.
Tes premières sorties ?
Ma première sortie - mis à part l’album - est un titre que j’ai produit pour Kohndo sur son dernier album « Deux pieds sur terre ». Il s’agit du morceau « Bad trip ».
Tu utilisais quoi comme matos aux débuts ? Et maintenant ?
J’ai commencé à bosser avec une MPC 2000 XL et c’est tout. Enfin j’ai bien tapé des délires avec des logiciels genre fruity loops avant de passer à la prod plus sérieusement ! J’ai composé la majorité des titres de l’album avec une MPC 3000 LE, mais je continue d’utiliser une MPC 2000 XL ainsi qu’une MPC 60. Voilà pour la base, ensuite je fais beaucoup d’arrangements via mon keyboard en midi. Un préampli, un tube direct, une basse, une batterie, mes MKII et mes vynils et le tour est joué !
Quelles sont tes influences ?
En matière de hip hop elles sont évidentes et sans surprise (puisque citées par tous les producteurs hip-hop de la planète !) : J Dilla bien entendu, Pete Rock, Hi Tek, Kev Brown, Will i Am, Madlib pour les plus connus. Mais je dois avouer que le travail de producteurs un peu plus « confidentiels » comme Oddisee et Hezekiah ont également réussi à me mettre de belles claques ! Quoiqu’il en soit, je reste un fan de musique en général et tous les courants m’influencent dans mon travail du moment qu’il y a de l’idée et la vibe.
Comment se sont faits les premiers contacts avec les rappeurs invités ?
Essentiellement des contacts directs via mon propre réseau ou celui de Kohndo. Le net (notamment myspace évidemment) m’a permis de compléter le tracklisting. L’essentiel de l’album s’est élaboré à distance à l’exception de la collaboration avec Wildchild qui s’est faite en studio chez Kohndo. Ceci étant, la distance n’enlève en rien les véritables connexions et les échanges concernant la réalisation de chaque titre. Il s’agit d’un véritable travail de conception avec chaque artiste et non une collaboration « mécanique » sans échange de point de vue.
As-tu rencontré les artistes présents ? C’est pas frustrant de ne pas pouvoir être avec eux en studio ?
Non je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de rencontrer les artistes présents sur l’album. N’habitant pas sur Paris je n’ai même pas eu l’occasion d’en rencontrer certains lors de concerts… enfin j’aurais dû participer au concert de Black Milk au Nouveau Casino en Octobre… Mais des soucis de santé m’ont empêché de faire le warm up prévu initialement. Enfin ce n’est que partie remise !
Tu sembles apprécier particulièrement les scènes de Detroit et de Los Angeles, pourquoi ?
Disons qu’au cours de ces dernières années Detroit et la Bay ont vu émerger de nombreux groupes et artistes très talentueux qui ne correspondaient pas aux standard New Yorkais et Gangsta rap West coast. Cette scène « alternative » (même si je n’aime pas vraiment ce terme) m’a carrément baffé car elle apportait autre chose et ça m’a tout de suite parlé. Des groupes comme Slum Village et Lootpack sont très rapidement devenus incontournables. Bon, il est vrai que la présence de Jay Dee et de Madlib y est pour beaucoup mais ils ont ouvert la brèche et d’autres ont suivi dans le sillon pour donner naissance à des artistes comme MF DOOM, Declaime, Phat Kat, Frank N Dank et j’en passe. Disons que si j’avais pu collaborer avec Nas, Jay Z et The Roots on m’aurait dit que j’apprécie particulièrement le son de New York et de Philadelphie ! Il faut dire que les artistes de Detroit et certains de la Bay sont les seuls artistes de qualités qui restent « accessibles » - entendons par là disponibles- dans ce type de démarche. On a aussi l’ambition de ses moyens.
Pourquoi pas de français invité sur l'album ?
À l’origine le projet devait être français. Après avoir réalisé des titres avec Kohndo, 20Syl, La Caution, Fisto, Karkan, Jr Eakee, et Booba Boobsa, l’affaire était pliée et je n’avais pas suffisamment de titre pour un album. Je me suis donc rapidement tourné vers l’extérieur via le net et certaines connexions perso. Les titres avec des featurings américains se sont enchaînés et l’album est né. Pourquoi se contenter de la France alors que l’on peut avoir le monde ? Un projet hybride franco-américain ne permettait pas une bonne lisibilité du projet et aurait réduit le champs d’action sur l’étranger. Cependant, un projet Français suivant la même logique que « Fill the gap » n’est pas à exclure pour l’avenir.
As-tu proposé l‘album à des labels étrangers ? Quels retours ?
Fat Beats nous a fait confiance et distribuera l'album en Amérique du nord. On a bossé avec Jazzy Sport pour le Japon et Pusher pour l'Europe sur les premiers maxis. L'accueil a été excellent. On imagine que ça nous ouvrira des portes et permettra de poursuivre l'aventure sur ces territoires.
Tu bosses avec des musiciens ?
Je n’en ai pas eu encore l’occasion. Étant moi-même batteur à l’origine, j’ai de plus en plus envie de me tourner vers une collaboration avec des musiciens sans pour autant tout faire reposer sur le coté accoustique. J’aime trop le sample pour ça. Mais ce n’est pas à exclure pour la suite.
Tu te sens limité par les conditions matérielles à ta disposition ?
Non pas vraiment dans la mesure où j’ai réussi avec le temps à me monter un home studio plus qu’honorable. Donc d’un point de vue matériel au sens « matos » et créativité je ne me sens pas du tout limité pour le moment. Ça viendra peut-être ! Pour l’album DV Corp. et Greenstone ont largement contribué au bon déroulement du projet. Je n’ai pas à me plaindre. Maintenant il est vrai qu’un peu plus de moyens à l’avenir me permettraient peut-être de passer un niveau au-dessus pour le prochain projet. Enfin nous verrons bien. En tous cas je n’ai aucune frustration ni regret.
Quelle est ton ambition avec cet album ?
Mon ambition principale avec cet album est de me faire une bonne carte de visite afin de faire connaître et de faire vivre mon travail. J’aimerais qu’il me permette de développer des collaborations en France comme à l’étranger. C’est aussi une manière de dire que l’on n'a pas à rougir du travail que l’on peut accomplir en France. Mon but est qu’en fermant les yeux et en écoutant simplement les morceaux on ne puisse pas dire d’où est issu le projet. Entre le son produit aux USA et le son produit en Europe il n’y a plus un fossé comme il pouvait y en avoir un dans le passé. On devrait être fier de ça, car nous sommes capables de faire du bon travail sans forcement être originaires de New York, Detroit ou Los Angeles.
Quels sont les artistes avec qui tu rêves de travailler (Dans le rap et en dehors ) ?
Pas évidente comme question… Il y en a trop !
En France j’aimerais vraiment réaliser un titre avec Akhenaton (c’est le fan de 12 ans qui parle !), avec Oxmo également qui m’a tellement fait triper avec ses histoires dans « Opéra Puccino ». L’idée de travailler avec Les Sages Poètes de la Rue ne m’est pas désagréable non plus. Peut-être un titre avec MC Solaar aussi en souvenir de « Prose combat » ! (Booba aussi parce que ce mec mérite d'autres sons que ce qu'on lui propose). Sinon concernant les artistes américains pourquoi pas un morceau avec Common, Talib Kweli, MF DOOM, Will i Am, Kanye West ou même Snoop. Il y en aurait trop en fait.
Tu vas continuer à travailler pour certains des rappeurs présents sur ton album ?
Les connexions sont solides donc j’espère qu’à l’avenir je serais amené à en retrouver quelques uns sur leur projets respectifs. Tous les artistes ayant participé au projet ont leur copie de l’album. Ils on pu voir que savions monter et finaliser un projet en proposant un travail de qualité. Pour la suite rien n’est encore décidé.
Des projets ?
Il est encore trop tôt pour le dire. Je vais commencer par essayer de défendre correctement ce premier album en espérant que ce projet m’offre des opportunités de collaboration. Pour la scène, des dates devraient se mettre en place en début d’année 2008.
Interview et texte par SLurg.
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