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Gangstarr. Probablement le groupe qui a su rester le plus
authentique dans ses choix artistiques au cours des années.
Un duo de légende qui a inscrit son nom caractère
gras sur le livre du hip hop. Cinq albums, autant de classiques.
Même si la reconnaissance publique tarde toujours
à venir, cette constance relève de l’incommensurable
dans un monde aussi changeant que le hip hop.
On
peut reprocher à Primo d’avoir formalisé
ses conceptions sonores et sa façon de choper les
sample. On peut également reprocher à Guru
de surfer sur la vague nu-soul alors en pleine émergence.
On pourra répondre aux premiers que si Primo répond
à certains standards et mécanismes au cours
de ses multiples collaborations, les albums de Gangstarr
ont toujours été l’occasion d’innover
tout en s’inscrivant dans le son new-yorkais que le
duo a contribué à façonner avec les
années. "The Ownerz" ne déroge pas
à ce classicisme. De même, les seconds pourront
se voir rétorquer que Guru va bientôt sortir
le quatrième volume de ses aventures jazzistiques,
après des collaborations avec des artistes dont la
liste prendrait une bonne partie de cette page. Le plus
important réside probablement dans le fait que Primo
est devenu un personnage clé de l’industrie
musicale, sorte de Lars Von Triers du Dogme hip hop, n’hésitant
pas à faire résonner sa voix de baryton lorsqu’il
n’en peut plus d’entendre la même soupe
insipide sur les ondes. Et que Guru, faisant évoluer
son flow d’années en années, représente
plus que jamais au micro cette révolte face à
l’establishment qui risque de se prendre un violent
coup de tête le jour où les auditeurs se fieront
davantage à leurs goûts qu’aux matraquages
cérébraux de tubes annoncés. Gangstarr
est déjà multi-platine auprès de la
rue.
Moins
Soul que le précédent "Moment Of Truth",
"The Ownerz" s’inscrit dans une ligne artistique
radicale plus proche de celle d’ "Hard To Earn".
L’industrie du disque devenant plus putassière,
Primo lui-même contre-attaque en s’emparant
à plusieurs reprises du micro. Un extrait de sa déclaration
véhémente aux Mix-tapes Awards à l’attention
des deejays et programmateurs radios est ici reprise sur
l’interlude précédant "Peace Of
Mine". Des propos directs lâchés par la
voix rauque de Primo sur le ton de la passion et de la colère.
Des propos qui se concluent par un "Fuck You"
rageur. Comme le dit Guru "Fuck that ! It’s not
Hip-Hop / It’s something else". "Who Got
Gunz" ne laisse pas retomber la pression avec M.O.P.
et Fat Joe. Un titre brut de décoffrage basé
sur une rythmique minimale de Primo. "Militia Pt.3"
qui suit est un titre guerrier avec Freddie Foxxx et Big
Shug magistralement orchestré par Primo utilisant
un sample très court de piano conférant toute
l’atmosphère oppressante au track. Ce ne sont
ici que quelques uns des sommets qui parsèment le
futur classique, "The Ownerz".
L’heure
est venu de payer ses dus et de donner tout le respect qu’il
se doit à Gangstarr. Primo se reposant d’une
session studio la veille pour le nouvel album de M.O.P.,
Guru est ici seul à répondre à nos
questions. Micro. |
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Pourquoi
la sortie de ce nouvel album a-t-elle autant tardée
? Des ennuis de label ou alors la faute de Prim’ qui
est trop perfectionniste avec ses beats ?
Primo
est définitivement un perfectionniste. Il a travaillé
sur l’album pendant deux ans et demi. Entre ses différentes
productions pour d’autres artistes et moi avec Jazzmatazz
et après "Baldhead Slick & Da Click"
qui est sorti sur mon propre label Ill Kid Records, nous
travaillions pour Gangstarr dès que nous avions du
temps.
Nous sommes aussi passés par une rapide phase de
négociations, afin d’être sûr que
les choses étaient préparées du mieux
possible. Rien n’est jamais parfait. Mais nous voulions
nous assurer que la machine derrière la musique fonctionnait
correctement et du mieux possible.
Ne
t’offusques pas de ce que je vais dire. Je suis un
fan de Gangstarr depuis des années, mais cela me
semble légèrement arrogant de s’auto-proclamer
les "Ownerz" du hip hop, les propriétaires
du hip hop. Peut-être me suis-je trompé quant
à la signification du titre de votre nouvel album
"The Ownerz" ?
Oh,
c’est totalement différent ! Le titre représente
le fait que la culture et la musique, l’essence de
tout cela, est exploité. Des personnes empruntent
le hip hop, et essayent de fermer la porte derrière
eux sans le rendre. Nous sommes les propriétaires
de notre style et la musique que nous faisons est originale
et nous en respectons les règles. Le hip hop possède
des règles et aujourd’hui, beaucoup de ses
acteurs ne les prennent plus en compte. Nous sommes donc
des représentants très légitimes de
cet art. |
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| Vous
n’affirmez donc pas que vous êtes les uniques
acteurs à être restés fidèles
au hip hop, juste l’un des plus beaux fleurons de
cette forme d’art authentique ?
Exactement.
(puis réfléchissant et rigolant) : Nous ne
déclarons pas que nous sommes les propriétaires
de la totalité du hip hop, mais simplement de notre
hip hop.
Okay,
j’ai compris. Lorsque tu as rencontré Prim’
à NY pour la première fois, lui venant de
Houston, toi de Boston, je crois que l’on vous a demandé
de travailler ensemble, sans même que vous vous connaissiez.
Comment te sentais-tu à l’époque ?
Je
me sentais excité. La raison numéro un, j’avais
trouvé quelqu’un qui détenait des beats
qui mettaient en valeur mon style. La première fois
que j’ai entendu les beats de Dj Premier c’est
sur une demo que j’avais volé chez Wild Pitch.
Je prenais le métro, rappant par-dessus la voix du
premier rappeur avec lequel Premier collaborait. Je rappais
par-dessus sa voix ! Car ses beats étaient tellement
forts. A cette époque, personne ne faisait ce qu’il
faisait. Même s’il n’utilisait qu’un
quatre pistes dans la chambre de son lycée, cela
sonnait comme ce qui passait à la radio. Cela sonnait
même mieux pour moi. Et j’étais excité.
A cette époque, j’étais avec d’autres
gars de Boston, mais j’étais le seul à
vouloir vivre à NY. Je vivais dans une chambre, luttant
pour m’en sortir, et j’avais l’impression
d’être le seul à bosser. J’étais
donc fatigué de ces gars. A la même époque,
son rappeur partait faire son service militaire. Prim’
posait des questions à mon propos, et je posais des
question à son propos. Stood Fire, à Wild
Pitch, m’a alors donné son numéro. Et
nous avons parlé. A ce moment, lorsque nous nous
sommes parlés, tout semblait évident. Et lorsqu’il
est revenu à NY, nous nous sommes rencontrés,
et c’était comme revoir un ami de toujours. |
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Wow
! Tu savais donc que quelque chose de spécial allait
arriver ?
Bien
sûr !
Mais
imaginiez-vous alors recevoir une telle reconnaissance,
je n’évoque pas les ventes mais les réactions
du milieu hip hop et de ses fans, après le premier,
puis surtout le second album ?
C’est
marrant. Lorsque j’ai signé mon premier deal,
même si j’essayais d’obtenir un diplôme,
il s’agissait d’un très mauvais contrat.
Qu’il s’agisse des royalties ou de tout le reste,
il fallait que je fasse 14 albums, des trucs fous ! Avec
Wild Pitch. On a réussi à se sortir de ce
deal. Au départ, j’ai signé car j’étais
très excité de pouvoir faire un disque. Il
ne s’agissait alors pas d’argent. Je désirais
simplement faire des disques. Je souhaitais que Marley Marl
les joue. Je voulais que Dj Chuck Chillout, Dj Red Alert,
les Awesome Two, des gars comme eux, les mettent. Il ne
s’agissait que de cela pour nous. Nous étions
en accord total avec l’idée de faire des disques.
Il
vous a fallu cinq albums pour décrocher le Disque
d’Or. Comment avez-vous accepté cela ?
C’était
frustrant. Et cela l’est devenu encore plus avec les
années. En passant, la première vidéo
que nous ayons sorti était pour "Word I Manifest".
Avant celle-ci, nous avions un track "Positivity",
mais il n’est pas passé beaucoup à la
radio. Il y a donc eu "Word I Manifest". Marley
Marl l’a joué, ainsi que Red Alert et je suis
devenu fou. J’ai appelé tous mes potes. J’étais
comme "Oh, merde !". Cela valait presque plus
que l’argent. Juste l’excitation générée,
les sensations. Lorsque nous somme devenus Disque d’Or
avec "Moment Of Truth", je me suis dit "Okay,
enfin". Mais nous avions déjà le sentiment
d’être Disque de Platine dans les rues. Et également,
en termes de respect au sein de l’industrie, car tous
les meilleurs rappeurs souhaitaient collaborer avec Primo.
Je travaillais avec de très grands chanteurs tels
que Chaka Khan et ce genre de personnes. Ainsi que des artistes
de jazz. Et ça n’arrêtait jamais. C’était
donc pour nous un agréable sentiment, mais nous pensions
également que ça aurait dû nous arriver
depuis le début. Tout cela est bien évidemment
frustrant avec les années, car il est difficile de
combiner la célébrité et le fait de
ne pas avoir les ventes qui vont avec...
Je dois vous avouer que cela a engendré de nombreux
problèmes personnels pour moi. J’ai eu pas
mal de soucis avec les forces de l’Ordre depuis que
je suis un rappeur. Encore plus que lorsque je n’en
étais pas un. Il y a beaucoup de jalousie et, certains
gars, lorsqu’ils pensent que tu es riche, essaient
de te cambrioler entre autres choses. On m’a arrêté
pour port d’armes. Pas mal d’autres trucs. Je
buvais trop également. Désormais, je suis
à un stade dans ma vie où j’ai mis la
frustration de côté. Car j’ai accepté
le fait que nous soyons des légendes et ce statut
compte davantage que n’importe quelle somme d’argent.
Être capable de faire de la musique qui représente
quelque chose pour notre audience à travers le monde
est bien plus satisfaisant que de faire des tubes pour les
radios. J’ai aussi un fils, de trois ans. Ma façon
de penser est donc bien différente. Je travaille
en ayant en tête mon fils. Je ne bois plus, cela fait
cinq mois désormais. J’ai totalement arrêté.
Je vois les choses de façons bien plus posées
qu’avant, et je perçois la distinction entre
la longévité et le statut de Platine . |
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