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Après avoir publié l’année
dernière le court-métrage réalisé en
16mm The Funk Hunt qui retrace avec
humour l’histoire d’un disque, Kourtrajmé s’apprête
à sortir leur premier DVD Kourtrajmé
Vol.1. Soit 6 heures de videos regroupant l’ensemble
de leur court-métrage et de leur clips ainsi qu’une
1h30 de bonus cachés. L’occasion pour nous de les rencontrer.
Du moins la partie émergée de la nébuleuse,
le réseau Kourtrajmé regroupant plus de 200 membres
actifs qu’ils soient rappeurs, producteurs, musiciens, sound-designers,
graphistes, breakeurs, acteurs ou potes. Rencontre avec les réalisateurs
Kim Chapiron et Romain
Gavras ainsi que les deux acteurs Bart
et Ladj. |
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Vous avez 22 ans et votre première réalisation
remonte à 1995, vous avez commencé très jeunes
?
Romain : Oui à 14-15 ans. En
95, avec Kim on a co-réalisé notre premier court-métrage
de 20 minutes "Paradoxe perdu". On avait accès
à une V8 familiale, le montage a été fait de
magnéto à magnéto. Après on y a pris
goût.
Kim : Personne ne voulait jouer dans
ce court-métrage ce qui fait que nous avons dû jouer
tous les rôles à nous deux. Après des potes
ont aimé, certains qui faisaient de la musique nous ont proposé
leurs sons. On a monté une bande au fur et à mesure.
Ce premier court métrage n’est pas sur le DVD, il est
en voie de disparition. Il mériterait un DVD à lui-même.
"Paradoxe perdu" est le plus Kourtrajmé de tous nos
court-métrages. Il y a de la zoophilie, du sperme et de la
violence complètement gratuite. Nous voulions le mettre sur
le DVD mais il n’y avait plus de place.
Depuis
ce premier court-métrage que vous avez co-réalisé,
chacun réalise de son côté tout en gardant la
touche Kourtrajmé ?
Kim : "Paradoxe perdu" est
le seul court métrage que nous avons co-réalisé.
Maintenant chacun de nous réalise les films de son côté.
Toumani Sangaré s’occupe de Kourtrajmé Africa
dans le DVD il a sa rubrique. Toumani est parti à Bamako
il y a 3 ans pour développer la vidéo sur place. Toumani
c’est le "Steven Spielberg" de Bamako. Il fait tous
les clips, les pubs. Avec sa caméra et son ordinateur, il
est le roi !
Romain
: L’unité que tu retrouves dans nos films est liée
au fait que ce sont les mêmes acteurs qui jouent dans nos
court-métrages respectifs. Nous avons les même façons
de tourner.
La
musique tient une part aussi important que l’image dans vos
court-métrages. Comment intégrez-vous la musique dans
vos réalisations ?
Kim : Initialement nous choisissions
les musiques au montage. Plein de personnes gravitent autour de
Kourtrajmé : Lord Funk, Kifondat, Rocé, Nikkfurie,
TTC, Mafia K’1Fry, Solo, Touré Kounda. Certains de
ces artistes composent désormais des musiques pour l’une
de nos scènes après l’avoir visualisée.
Ils sont partie intégrante de Kourtrajmé. |
Vous revendiquez le fait de ne pas écrire de scénarios.
Vous avez même établi un dogme à ce sujet !
Romain : Le dogme de Kourtrajmé,
c’est « Il est interdit d’écrire un scénario
digne de ce nom ». En fait nous avons l’histoire principale.
On écrit des scénarios mais pas des scénarios
digne de ce nom ! Je ne sais pas si tu saisis la nuance (ndr : rires).
Ce qui veut dire que sur le lieu de tournage, tu vas devoir t’adapter
ou intégrer des éléments en plus.
Kim : Les acteurs jouent leur rôle
dans les films, ils amènent beaucoup de leur personne. Les
scénarios sont aussi calés sur des histoires qui nous
sont arrivées.
Cela
reste une volonté de votre part de ne pas avoir de messages
à délivrer et de se cantonner au domaine du délire
?
Romain : Nous n’avons pas la
volonté de délivrer un message fort surtout à
notre âge. Les court- métrages qui évoquent
un message sont souvent ennuyeux. Le format court ne permet pas
de délivrer un message ou une opinion personnelle sur la
vie.
Dans l’avenir souhaiteriez-vous vous tourner vers le long
métrage?
Kim
: Nous ne cherchons pas à passer tout de suite à un
long-métrage. Ce n’est pas encore d’actualité.
Mathieu
Kassovitz a aussi commencé par le court métrage avec
"Fierrot le pou" qui était très hip-hop
avec la musique en fond sonore. Est-ce quelqu’un qui représente
pour vous une influence ?
Romain : Nous avons kiffé ses
films "Métisse" et "La haine". C’est
quelqu’un que nous respectons.
Kim : Notre influence principale reste
le réalisateur russe Mikheil Kalatozishvilli. Il a fait le
film de propagande "I am Cuba". Nous ne te citerons que
ce réalisateur comme influence mais on oublie à chaque
fois son nom. Il filme en 35 mm en grand angle et plan séquence.
Le
public connaît plus le clip de la Mafia K’1Fry qui a
été censuré par les chaînes de télévisions
que celui d’Oxmo Puccino qui a été diffusé.
La censure ne créée-t-elle pas une visibilité
plus forte ?
Kim : La censure créée
un phénomène de médiatisation. Le clip de la
Mafia K’1Fry "Pour ceux" qui a été
censuré par les chaînes télévisées
a eu un gros impact. En deux semaines, 40000 personnes ont téléchargé
le clip sur notre site. Notre hébergeur nous a jeté
et nous a demandé 15 000FF parce que notre site Internet
explosait. Jamais nous avons fait une réalisation qui a été
autant regardée. Notre mode de diffusion est basé
sur Internet et les cassettes vidéos qui se passent de main
à la main. Le public actuel de Kourtrajmé est principalement
le public Internet.
Comment
avez-vous réussi à créer le lien entre des
gens comme Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz et vos potes de quartier
?
Kim : C’est avant tout le désir
de faire des films.
Bart : J’ai travaillé
dans "La barbichette" avec Vincent Cassel. Je n’ai
pas eu le temps d’y penser. Ils m’ont appelé
la veille pour me dire que je tournais le lendemain avec Vincent
Cassel.
Ladj : En plus d’être acteur,
je commence aussi à réaliser de mon côté. |
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Le numérique introduit une démocratisation et permet
à un nouveau public de se lancer dans la vidéo. Qu'est-ce
qu'il vous apporte?
Kim : Avant que le numérique
apparaisse, nous avons eu la chance d’avoir accès à
des bancs de montage. En 95-96, nous étions déjà
dans le montage donc quand le matériel numérique est
arrivé nous avons été les premiers dessus.
Romain : J’espère que
d’autres réalisateurs dans le même registre que
nous vont se lancer. Nous aimerions participer à des battles
vidéos avec d’autres réalisateurs qui seraient
dans le même délire. Tu balances 3 minutes d’images,
l’autre équipe balancent ses images, et le public gueule
pour choisir le gagnant. On a déjà participé
à ce genre d’évènements au Batofar.
Bart : Beaucoup de réalisateurs
qui font du court métrage, le font dans l’optique de
réaliser une bande démo pour passer au long métrage.
Pour Kourtrajmé, ce format est une fin en soi, ce n’est
pas une bande démo. En plus, beaucoup crament leur énergie
dans des démarches pour réussir à filmer en
35mm alors que leur film ne sera jamais diffusé dans une
salle en 35mm.
Romain : Ou alors, ils filment en DV
comme si c’était du 35mm. Alors que le support DV apporte
d’autres avantages. Le DV ne doit pas être considéré
comme un handicap.
Vous
répondez à des commandes de majors ou de publicitaires
?
Romain : Ce n’est pas notre but
de faire des clips ou des publicités. Pour les pubs, ils
ne veulent pas garder notre touche Kourtrajmé. Dans les années
90, le réalisateur des pubs pouvait être mis en avant.
Comme Jean-Paul Goude pour les publicités Perrier. Maintenant,
c’est uniquement le produit qui est mis en avant.
Vous
pouvez présenter le contenu du DVD "Kourtrajmé
Vol.1" ?
Kim : Le DVD contient deux volumes
de 3 heures chacun. Le premier volume présente tous les court-métrages
et le second tous les clips et les bonus. Il y a 1h30 de bonus cachés.
Il faut trouver dans le DVD le lien menant à une page cachée
qui te donnera un code d’accès à notre site
Internet qui délivrera le plan du DVD. Il y a des bonus simples
à trouver et d’autres pour lesquels il faut faire des
manipulations plus compliquées. Le court métrage de
Toumani Sangaré "Sacrifice de poulet" se trouve
dans les bonus cachés. Il y a des liens qui ne seront pas
dévoilés avant deux ans.
Interview réalisée par Red Lemon & Fabien |
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